dimanche 8 mars 2009

Se7en

David Fincher, 1995
Genre : noirceur de l’âme

William Somerset (Morgan Freeman) est un détective à quelques jours de la retraite. David Mills (Brad Pitt) est un jeune flic, arrivé des stups et destiné à remplacer Somerset. Ils se retrouvent à enquêter sur des meurtres qui renvoient aux sept péchés capitaux.

Ayant commencé sa carrière dans le clip vidéo, Se7en n’est que le deuxième film de David Fincher, après le conflictuel mais néanmoins réussi Alien³, et c’est un coup de maître. À tel point qu’il sert un peu d’étalon pour tous ses films successifs (sans compter les copieurs ; tient, au pif le pitoyable Résurrection de Russell Mulcahy)
Il faut dire qu’il y a de quoi.
La mise en scène de Se7en est très travaillée. La caméra colle toujours aux personnages et à l’action, afin de se rapprocher du côté direct de l’enquête que le spectateur suit pas à pas, jour après jour ; c’est seulement à la fin que la caméra prend de la hauteur, quand intervient le mystérieux et effrayant John Doe. Nous devenons alors plus que des spectateurs. À ce cadre il faut ajouter la parfaite photographie de Darius Khondji, qui retranscrit l’atmosphère des différents lieux et scènes de crime, le clinquant et la lumière d’un côté – pêchés des beaux quartiers –, la noirceur et l’aspect poisseux de l’autre – pêchés des bas quartiers. Dans l’ensemble, l’utilisation des tons par Darius Khondji, notamment les jaunes – sert à maintenant de bout en bout une sensation de malaise, en montrant un univers malade.
La maladie est aussi ce qui ressort de l’histoire elle-même. Rien ne paraît normal dans le monde que nous montre Se7en, et même si les personnages n’ont rien de vraiment étonnant per se – à part John Doe bien sûr –, ils évoluent tous étrangement dans leur univers : Somerset et son métronome, les Mills et leur appartement secoué par le métro aérien.
Sans jamais prendre partie, sans jamais verser dans la moindre leçon de morale, David Fincher nous décrit un monde malade, pollué, moins par les pêcheurs que ceux qui les poursuivent ; sur ce point, Mills n’est pas si éloigné que ça de John Doe, tandis que Somerset, qui semble si blasé, donnant l’impression d’avoir baissé les bras, est en fait la figure positive.
Se7en est un très grand film, très sombre, riche et plastiquement superbe. Incontournable.

Howard Shore en a signé la musique, avec une suite en deux parties éditée sur un album de chanson – avec quand même Marvin Gaye, Thelonious Monk ou Billie Holliday, on fait pire – (TVT Records/Cinerama 0022432CIN). Elle accompagne le film à la perfection, participant à l’angoisse et au malaise ; peut-être difficile d’écoute, mais son ambiance est un modèle du genre.

Image © 1995 New Line Productions, Inc.

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