Florent Emilio Siri, 2007Genre : mémoire et guerre
Algérie, 1959 : Terrien (Benoît Magimel) est un jeune lieutenant, affecté en Kabylie, dans une unité où se côtoient les harkis vétérans de la seconde guerre mondiale, les anciens de l’Indo ou la Résistance et les appelés.
Qu’on le veuille ou non, l’ombre de Platoon plane sur un film qui souhaite évoquer, avec toute la justice et la crudité nécessaire, la réalité des « évènements d’Algérie ». Évidemment, réalisateur, scénariste, producteur, ne doivent pas chercher à faire un Platoon français ; mais le spectateur ne doit pas chercher non plus à en voir un.
L’Ennemi intime suit un timide retour de la guerre d’Algérie dans la mémoire et donc sur les écrans qui est passé par le film Mon colonel (Laurent Herbiet, 2006), et la série documentaire de Patrick Rothman L’Ennemi intime (2002), à partir de laquelle a été écrit le film. Timide retour, parce qu’il faut remonter aux années 1970 pour trouver des films engagés sur la guerre, avec R.A.S. (Yves Boisset, 1973) et Avoir vingt ans dans les aurès (René Vautier, 1972). Entretemps, rien.
Forcément, on attend beaucoup d’un film moderne sur la guerre, beaucoup parce que la trilogie d’Oliver Stone (Platoon, Né un 4 juillet et Entre ciel et terre) fait figure de modèle, de leçon de chose ; on aimerait un peu avoir la même chose, effet politique et médiatique d’Indigènes en plus.
Dans ce contexte, que vaut le film de Florent Emilio Siri et de Patrick Rothman ? Malheureusement, il oscille trop entre le film politique naïf (la guerre c’est mal, ça ne sert qu’à massacrer des innocents) et une vraie réflexion sur la violence, la mort et la peur.
Prenant la mesure et la profondeur du documentaire qui le fonde, dans lequel des vétérans de la guerre d’Algérie racontent ce qu’ils ont vécu, L’Ennemi intime tente de montrer comment un homme ordinaire bascule dans la violence, la torture, la haine, la folie. Il y arrive parfois, avec talent, autour des personnages de Terrien l’idéaliste (Benoît Magimel), Dougnac le soldat expérimenté (Albert Dupontel) ou Saïd le vétéran revanchard (Lounès Tazairt). C’est d’autant plus intéressant que ces aspects se font sans moralisation déplacée ni pathos mais comme une description.
Pour le reste, L’Ennemi intime est un film de guerre qui cherche le réalisme, comme cela se fait maintenant depuis une vingtaine d’année. La mise en scène est bien adaptée au sujet, sachant jouer sur le cadre, le montage pour mettre en avant tel ou tel aspect du scénario. La photo est travaillée pour éviter toute couleur vive, trop clinquante est donner une homogénéité, une neutralité à l’ensemble, que les scènes soit dans le désert ou en intérieur, de jour ou de nuit.
La musique est composée par Alexandre Desplat, partenaire de Florent Emilio Siri depuis Nid de guêpe ; comme tout Desplat, c'est très bien (Naive K 1629).
Crédit images : © Les Films du Kiosque (2007)